22 mars 2019

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Portrait #gensduvieux: Eda Holmes du Théâtre Centaur

Portrait #gensduvieux: Eda Holmes du Théâtre Centaur

“Portrait #gensduvieux

Apprenez à mieux connaître vos voisins et découvrez-les à travers notre nouvelle série de portraits! Cette semaine, place à Eda Holmes, directrice du Théâtre Centaur.”

Eda Holmes est en pleine séance photo quand on la retrouve au Théâtre Centaur. Il faut dire que la nouvelle saison s’en vient et avec elle la nouvelle brochure à préparer, les premières, c’est l’effervescence au siège de cette institution culturelle montréalaise! Depuis plus d’un an qu’elle a repris la barre de ce théâtre anglophone, son enthousiasme n’a d’égal que la hauteur de la tâche qui l’attend et c’est avec autant de confiance que d’intérêt, qu’elle prend à bras le corps la mission qu’elle a acceptée.

Une femme de tête et de coeur

Première femme à diriger la prestigieuse institution, elle reconnaît que dans le contexte actuel les perspectives sont intéressantes: “Les femmes seront de plus en plus amenées à occuper des postes d’importance, tout comme des gens de différentes origines, la “norme” est en train de changer. Pour ma part, en tant que directrice d’une institution culturelle, il est de ma responsabilité de répondre à cette attente du public, parce que ce public est pluriel et il veut voir porter son histoire sur le devant de la scène!”.

Eda Holmes ne s’embarrasse pas des préjugés ni des réfractaires! La société est en changement et le théâtre a pour elle une mission très contemporaine. “Quand on rassemble les différentes expériences des gens, souvent, on les amène à se rendre compte de leurs points communs. C’est ça le théâtre! On se retrouve dans une même pièce, on ne se ressemble pas mais on rit ensemble et on partage les mêmes réactions face à des histoires profondément humaines”. C’est ce rôle de catalyseur qui guide d’ailleurs la programmation des pièces bientôt présentées au Centaur. “On travaille en gardant en tête de quelles histoires Montréal a besoin et on cherche dans la diversité des sujets, une réalité dans laquelle on espère que chacun trouvera un point d’entrée pour s’y reconnaître”.

La pluralité canadienne consacre l’exception montréalaise

Eda connaît bien les enjeux et les réalités du monde culturel canadien anglophone: des scènes de ballet à celles de théâtre, elle a fait ses classes au Canada et à l’étranger mais c’est non sans ravissement qu’elle a pris la tête d’une institution montréalaise. La conjoncture culturelle, politique, linguistique et sociale confère au Centaur une place particulière et un rôle unique : “Pendant longtemps, le théâtre anglophone montréalais s’adressait presqu’exclusivement à la communauté anglophone mais désormais, cette communauté linguistique tire ses origines de partout dans le monde et s’ouvre! Se réjouit Eda pour qui cette nouvelle réalité nourrit la créativité. Cette population anglophone plurielle est devenue la voix de notre diversité, c’est un moment très riche et très réjouissant pour le théâtre en anglais”.

Dans cette reconfiguration et guidé par sa directrice ô combien dynamique, le Centaur tire son épingle du jeu et s’affiche comme un laboratoire culturel de premier ordre. “ Pour moi, explique Eda, le Centaur et Montréal sont à part dans notre pays, et c’est l’occasion parfaite de construire quelque chose qui soit à la fois unique et très canadien!”.

Portrait #gensduvieux: Eda Holmes du Théâtre Centaur

© Andrée Lanthier

Au coeur du Vieux, Eda Holmes salue ses voisins

Le théâtre de la rue Saint-François est dans le Vieux-Montréal depuis sa création en 1969 et selon sa directrice c’est définitivement une place de choix : ses voisins comme les travailleurs du quartier et même les visiteurs, lui confèrent un avantage inestimable par rapport à d’autres institutions anglophones tant en terme d’inspiration que de rôle : “ Nous sommes au coeur de tout et de tout le monde, au coeur de ce qui fait de Montréal la métropole qu’elle est! Pour moi c’est très important! Nous sommes situés dans le bâtiment de l’ancienne bourse et avant ça, pour les cultures autochtones, cette île était un point de rencontres, d’échanges, plus qu’une place où les gens vivaient. Nous sommes sur un lieu où les gens se retrouvaient et dans le monde polarisé dans lequel on vit, c’est essentiel d’avoir ce genre d’espaces pour nous rencontrer comme société, nous parler, comprendre nos désaccords et surmonter ensemble des sujets parfois difficiles”.

Eda Holmes joue d’ailleurs sans hésiter la carte de l’inclusion, un choix qui se reflète dans la programmation des pièces choisies ou encore des collaborations, des co-productions et des artistes invités, mais aussi au niveau de son public. Le Centaur propose d’ailleurs une formule idéale pour les étudiants: “Pour les étudiants intéressés, il suffit de venir une heure avant le spectacle et s’ils restent des tickets, on leur propose au prix unique de 18$!”.

Et ça, c’est sans compter les samedis matins pour les enfants!

Français/ anglais, les nouvelles plumes enterrent la hache de guerre

Dans la mosaïque multiculturelle canadienne, si le public anglophone montréalais s’est diversifié, elle note aussi que la barrière francophone/anglophone tend à évoluer. “Selon moi, le concept des deux solitudes s’efface tranquillement, surtout avec la nouvelle génération. Il suffit de prendre le bus ou d’aller chercher un café pour entendre des gens parler en français et en anglais et ils passent d’une langue à l’autre avec une aisance déconcertante qui me fascine! C’est aussi ça, l’essence de notre ville!”.

Dans les rues comme sur la scène, les choses changent et Eda est aux premières loges pour le constater : “De plus en plus de jeunes artistes francophones viennent me voir parce qu’ils veulent travailler en anglais, ce qui est plutôt nouveau. Mais à l’inverse, je constate aussi que les artistes anglophones s’inspirent de plus en plus de l’esthétique francophone. Ça va vraiment dans les deux sens!”.

Le temps de finir l’entrevue, Eda est à nouveau sollicitée par son équipe qu’elle rejoint avec un plaisir évident . Elle agite la main pour saluer, les yeux pétillants et tandis qu’on s’efface, elle reprend ses activités, entière et souriante. Pas de doute, votre théâtre de quartier est entre de bonnes mains!

N’hésitez pas à en profiter avec l’avantage d’être du quartier, #gensduvieux, vous avez des réductions spéciales!

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En savoir plus sur le Centaur : https://centaurtheatre.com/fr/

En savoir plus sur Eda (en anglais) : Canadian Theatre Encyclopedia